Allocution des Moissons de la Paix

Bonjour et salutations à tous depuis Dorje Denma Ling où je dirige la quatrième (à ce que je crois) retraite du ‎Sceau du Scorpion. Ça a été un été formidable et je suis extrêmement heureux que j'aie pu voir ‎un grand nombre d'entre vous et que nous ayons pu pratiquer ensemble. J'ai également vu beaucoup ‎d'entre vous lors de la retraite de la sangha et de divers autres évènements durant l'été. ‎

Nous voici maintenant en automne, pour notre traditionnel ‎discours des Moissons de la Paix. J'aimerais d'abord vous adresser les salutations de la ‎Sakyong Wangmo, Dechen Chöying Sangmo, qui vous fait part à tous de tout son amour et de son ‎affection. Elle souhaite s'adresser à vous un peu plus tard, dans quelques semaines.‎

Pour nombre d'entre vous ce sera la dernière fois, avant d'entrer en retraite, que je m'adresserai à vous de cette façon ‎moderne et intime. Avant que nous nous retrouvions à nouveau ‎quelque part en personne, je voudrais partager quelques idées, pensées et souhaits qui me ‎tiennent à cœur. Comme beaucoup d'entre vous le savent, l'année à venir est pour moi une année de ‎retraite. ‎Sur le plan astrologique, cette année est parsemée d'obstacles et d'épreuves. Depuis de ‎nombreuses années - en fait depuis un âge très jeune - on ‎m'a recommandé de passer cette année particulière en retraite. J'en tiens compte et c'est ce que je ‎vais faire. Cette retraite consiste essentiellement à faire des pratiques encore plus ‎approfondies. Je sortirai vraisemblablement de retraite une ou deux semaines en juillet pour ‎enseigner des assemblées du Sceau du Scorpion très abrégées, pour ne pas perdre ‎notre élan. Ensuite je repartirai en retraite pour six à huit mois de plus.‎

Pendant près de vingt ans, j'ai guidé, conseillé et dirigé cette communauté, celle de ‎Shambhala. Il s'est passé beaucoup de choses pendant ce temps. J'ai vu une communauté évoluer, ‎se développer et grandir. Au cours de ce processus, j'ai énormément appris. Cela a été une pratique conséquente - un vrai défi parfois, et en même temps cela a été merveilleux.‎

A présent, je pense que nous nous trouvons, tous ensemble, à la croisée des ‎chemins. Cet été, plusieurs milliers de personnes ont pris part à toutes sortes de pratiques. Pendant le temps que ‎nous avons passé ensemble, j'ai pu ressentir un changement. Je perçois un changement générationnel. ‎C'est merveilleux de voir qu'il y a des pratiquants de la deuxième et même de la troisième génération, et que ‎tout le monde se retrouve ensemble pour travailler à créer la vision de Shambhala. Cet été, c'est ‎une célébration, l'approfondissement de l'essence même de ce que le Dorje Dradül avait souhaité. ‎De son vivant, il n'a pas pu faire lui-même beaucoup des choses que nous faisons en ce moment, ‎des choses auxquelles il avait aspiré et qu'il m'avait évidemment encouragé à faire dans l'avenir. ‎

Je ressens comme une chance et je suis touché par le fait que notre communauté travaille ‎ensemble. Je suis tout particulièrement heureux que nous ayons établi la lignée Shambhala, en ayant compris sa qualité unique, qui trouve ses ‎racines dans l'art traditionnel du guerrier tel qu'il est présenté dans les enseignements Shambhala. ‎Les enseignements de l'art du guerrier mettent en avant, non pas la notion conventionnelle de l'art ‎de la guerre qui est l'agression, mais plutôt le principe de ne jamais abandonner la culture de la douceur, de l'intrépidité et de la force. De plus en plus, quelle que soit la nature ‎de notre recherche spirituelle, nous avons besoin de ces éléments de force et d'intrépidité, alliés à une douceur et une humilité immenses. ‎

Cet art du guerrier est réellement en cours d'exercice, et nous pourrions ‎certainement aller plus loin dans ce sens. Mais, pour le moment, je suis très heureux de ce qui a déjà pu être accompli. Au cœur de cette activité se trouve la lignée de ‎Shambhala elle-même. Bien entendu, le Dorje Dradül lui-même a été sacré et intronisé Sakyong - tout comme moi - ‎pour que cette activité puisse continuer. Notre lignée est une réponse aux besoins de l'époque ‎actuelle. En ce jour chaleureux consacré à la paix, il est ‎particulièrement important de nous rappeler que la paix est le seul moyen que nous ayons de survivre ‎en tant qu'espèce humaine, d'un point de vue planétaire. De toute évidence, le Dorje Dradül ‎avait déjà ceci en tête lorsqu'il a quitté l'Inde et qu'il est venu en Occident, portant avec lui cette sagesse dont ‎il pensait qu'elle devait être partagée et propagée. ‎Maintenant, presque comme si une capsule temporelle s'ouvrait, ces ‎enseignements se réalisent. Je pense qu'en tant que Shambhaliens, nous devrions ‎approfondir ce que nous avons. Nous avons un énorme trésor d'enseignements, de méthodes ‎et de pratiques dans lequel nous devons nous plonger. Au centre de tout cela se trouve ‎notre compréhension de qui nous sommes, les qualités uniques de notre lignée.‎

Chaque lignée a quelque chose à offrir. A l'époque actuelle, alors que le monde est de plus en plus peuplé, que tout s'accélère, qu'il y a de plus en d'anxiété et d'intensité, nous avons, nous aussi quelque chose à offrir. Dans de telles circonstances, on a tendance à avoir moins de compassion, à être moins doux, plus agressif et plus orgueilleux. Pour contrecarrer ‎cela, nous affirmons que le problème de base, c'est que les êtres humains ne croient plus en leur bonté fondamentale inhérente. Les enseignements mettent ce point de vue en évidence. La pratique ‎de l'art du guerrier nous apprend à être forts, à percevoir et ressentir notre propre bonté et ‎partager cette expérience avec les autres. C'est là le cœur des enseignements. Je pense que, quoi que nous ‎fassions dans la vie, nous avons tous besoin de comprendre et de ressentir notre bonté. Nous devons la révéler et la manifester - en tibétain, on appelle cela nguntu jur. En tant que Shambhaliens, nous ‎sommes doux, puissants et glorieux, car nous savons célébrer la vie. Nous sommes des guerriers ‎capables d'aller de l'avant. Nous engager de cette façon dans notre pratique, dans notre famille et ‎dans notre travail constitue notre voie de Shambhala.‎

Cette année, nous avons passé commande d'un thangka - fresque murale ou peinture tibétaine - qui représente la lignée. La plupart d'entre vous ont probablement déjà vu des thangkas du Bouddha ou de ‎Padmasambhava. Des thangkas ornent nos Centres Shambhala et nos maisons. ‎J'ai pensé qu'il nous fallait un thangka de notre lignée Shambhala dont les ‎enseignements sont pratiqués dans le contexte vajrayana, au séminaire et dans les ngöndros. ‎Ceux qui font des pratiques avancées savent que la représentation de cet arbre de la lignée est quelque chose que je souhaitais depuis ‎longtemps. Ce projet a effectivement démarré cette année. Pendant mon séjour en Inde l'hiver dernier, j'ai pu voir l'architecture globale, l'esquisse de l'ensemble du thangka. Le peintre en est Ngodrup Rongae, dont ‎le père était un étudiant très proche de mon père. Le père comme le fils sont d'excellents peintres ‎de thangkas. Ngodrup travaille très dur sur ce thangka, qui est absolument énorme ; il mesure ‎environ 2 mètres sur 3. D'après lui, il s'agit d'une des œuvres maîtresses de sa vie. Il lui faudra à peu près dix-huit mois pour terminer cette œuvre. Avec un peu de chance, le thangka sera achevé ‎quand je sortirai de ma retraite.‎

C'est un projet que je souhaitais voir aboutir. Je suis extrêmement heureux que nous puissions le ‎faire cette année. Sur ce thangka, qui est une représentation visuelle de la paix et de la force, figurent les déités de méditation les plus importantes dans Shambhala : Shiwa Ökar et le ‎Rigden. On y voit tous les trente-deux rigdens : les sept dharmarajas et les vingt-cinq rigdens. Les ‎diverses pratiques de méditation, déités et protecteurs y sont représentés. J'ai été ‎extrêmement ému à la simple vue de l'ébauche et de sa qualité. Je pense que cette ‎image est une illustration pédagogique très importante de ce qu'est notre communauté. C'est quelque chose que ‎le Dorje Dradül souhaitait il y a déjà bien des années. ‎

Je pense que ce thangka est aussi un symbole de l'époque où nous vivons - un moment où nous ‎nous rassemblons pour former une société. Y sont représentés également tous les membres de ‎Shambhala, du Dorje Kasung à la communauté monastique, enfants et parents et nous ‎tous, simplement en train de pratiquer. C'est une représentation d'ensemble de la société, du royaume et de la ‎famille.

Les délais prévus pour l'achèvement du thangka sont donc excellents. Je vous encourage tous à aller le voir. ‎J'ai demandé au Président Reoch d'organiser le transport du thangka dans tous les Centres Shambhala ‎pour que tout le monde puisse le voir - non seulement le voir, mais pratiquer en sa présence.‎

En ces temps de transition et de développement, je voudrais que mon départ ‎en retraite ne soit pas pris pour un signe que rien ne doit se passer pendant que je serai absent. ‎J'encourage tous ceux qui ont des fonctions de responsabilité - enseignants, instructeurs de ‎méditation et responsables des Centres Shambhala - à ‎poursuivre leur travail. A tous les pratiquants, continuez à avancer s'il vous plaît et participez à tous les programmes. Je pense que cette retraite est nécessaire, qu'elle arrive au bon moment et que c'est aussi une occasion pour la sangha, pour vous tous, pour notre ‎communauté, de montrer où nous en sommes et de démontrer que vous pouvez effectivement continuer sans moi. ‎Je crois que je n'ai pas besoin de surveiller tous les moindres détails.‎

Bien entendu, être en retraite n'est pas vraiment comme des ‎vacances pour moi. C'est un temps consacré à la discipline et à l'entraînement. Je m'en réjouis d'avance. ‎J'espère que ma compréhension et ma formation vous seront profitables à tous pour pouvoir progresser dans ce que nous faisons. Comme vous le ‎savez probablement, et particulièrement lorsqu'on avance en âge, une année passe très vite - ‎même moi j'y crois. Quoi qu'il en soit, ce moment est venu et je pense que c'est très bien.‎

Je vous envoie mon amour et mon affection. Même la nuit, je sais que vous pratiquez tous et que ‎vous mettez du cœur à l'ouvrage - je peux le sentir. Cela me fait chaud au cœur et me donne la force de naviguer à travers ‎cette chose qu'on appelle la vie. Bien sûr, je manquerais à mes devoirs si je ne vous encourageais pas tous à pratiquer quotidiennement, ne serait-ce qu'un petit peu, en vous reliant à la bonté et aux principes de confiance et de force. Pour une grande part, il s'agit de ne pas se laisser séduire par le mode de pensée négatif. Pour rester positifs, appuyez-vous ‎sur toutes vos bonnes qualités et ne vous laissez pas distraire par la négativité. C'est cela aller de l'avant, c'est ça le ‎cheval de vent. S'il y a une chose que notre lignée a démontrée, c'est bien que ‎tous ces obstacles ne sont pas insurmontables et que nous pouvons accomplir beaucoup ‎ensemble. ‎

Je voudrais terminer cette allocution avec une courte méditation guidée. Où que vous soyez, ‎prenez une bonne posture - un bon maintien de la tête et des épaules. Quand le torse et les ‎épaules sont bien droits, cela permet à l'énergie, à la santé inhérente et à la bonté de se manifester. Cela ‎augmente la vitalité et encourage les dralas à se rassembler. Alors que nous pratiquons ensemble en ‎cette journée des Moissons de la Paix, il faut se rappeler que la paix ne se réduit pas à un vœu pieux ou à l'absence de guerre et de conflit. La ‎paix consiste ici à croire en la bonté inhérente des êtres et à ne pas abandonner la poursuite de notre voie. ‎Pour nous Shambhaliens, la paix est une vision à long terme. Il n'y a pas de ‎solutions rapides. Une des choses les plus immédiates et les plus pragmatiques que nous puissions faire ‎est d'entrer en contact avec notre propre esprit et notre propre cœur. ‎

Tandis que nous sommes assis tous ensemble, juste pendant un instant, voyons comment ‎nous nous sentons. L'esprit est une chose merveilleuse. Joyeux et triste, tous nos sentiments ‎surgissent de cet esprit. Tout en ressentant cela, essayons de nous détendre. Quand nous nous détendons, nous pouvons ressentir notre pureté inhérente, qui nous ‎donne force, amour et compassion. La méditation que nous pratiquons n'est pas une fuite ; ‎elle est réaliste. Seul le sot croit pouvoir trouver quelque chose à l'extérieur. On apprend à ‎avoir confiance, ce qui vient par la détente. Quand les êtres ne font pas confiance à leur ‎propre nature, ils s'agitent, ce qui les amène à blâmer les autres et aboutit à la ‎vengeance et à la destruction. Même si nous détruisons quelque chose, au bout du compte il ne ‎nous restera que notre propre esprit. La paix signifie ici effort et diligence sur la voie.

Merci. J'espère que tout va merveilleusement bien. Si vous rencontrez des obstacles, tournez-vous vers le dharma ‎et essayez de pratiquer ; n'abandonnez pas la voie. J'espère que Shambhala est en train de ‎retourner à sa véritable origine : propager la paix et vivre dans la paix. J'espère que ceci se développera. Encore une fois, je vous envoie mes bénédictions et tout mon amour.


Le Sakyong, Jamgön Mipham Rinpoché
Dorje Denma Ling, Tatamagouche, Canada

© Mipham J. Mukpo

© Traduction : Les Traductions Manjushri, France, septembre 2009.

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